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Turquie: l'escalade de la menace face à une communauté internationale inexistante

Posted in La voyance au téléphone

Burak Kara via Getty ImagesUn homme et un petit garçon sont pris en photo devant une affiche représentant le président Erdogan et le sultan ottoman Mehmet II dit Mehmet le Conquérant, devant Sainte-Sophie, le 10 juillet 2020 à Istanbul. Erdogan a décidé de rendre Sainte-Sophie au culte musulman, après une décision de justice révoquant son statut de musée datant de 1934.

La Turquie est un pays ami et voisin, notre alliée à l’OTAN. La Turquie ambitionne depuis longtemps d’être membre de l’Union européenne. La Turquie est un pays qui compte au plan international dont elle est un acteur majeur…

Tous ces postulats semblent éclater en mille morceaux depuis quelques mois et il semble bien que le Président Erdogan ait fait le pari d’agiter menaces, provocations et actions y compris militaires.

Le dernier épisode de la transformation de Sainte-Sophie en mosquée en est un signe manifeste, reniement de l'histoire suivi d'une invitation officielle du Pape qui avait encore manifesté son inquiétude, face à ce changement de destination d'un lieu lourd d 'histoire pour les Chrétiens d'Orient et toute la Chrétienté.

Les faits mis bout à bout nous conduisent à nous interroger sur cette succession d’événements qui peuvent légitimement inquiéter les Européens et la communauté internationale.

N'étant pas à une provocation près le Président turc a même déclaré dans une vidéo postée sur Twitter le 11 juillet que la résurrection de Sainte-Sophie en tant que mosquée une valeur pour tout le monde musulman, de «Boukhara à l'Andalousie », Ouvrant la voie à la« libération »de la Mosquée Al-Aqsa à Jérusalem.

Sans parler du prêche, déclamé depuis le milieu de la tribune, et pas en haut car le califat n'existe plus, devant les médias du monde entier cimeterre à la main, comme un signal de plus lancé au monde qu'il n'est que temps de le rétablir.

Menaces militaires et projet pan-ottoman

Beaucoup de choses ont été écrites par des spécialistes de la Turquie: les faits mis à bout à nous conduisent à nous interroger sur cette succession d’événements qui peuvent légitimement interroger les Européens et la communauté internationale.

Le désordre international, l'absence de leadership crédible, au plan mondial ou européen, le manque de clairvoyance des Occidentaux et leur vision à court terme présentent autant d'opportunités à la Turquie de se positionner en force en Syrie, en Libye, en Méditerranée …

Dans le conflit syrien l’Europe a cédé, oubliant ses alliés kurdes, chacun se souviendra des conséquences du retrait américain.

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L’offensive turque a donné lieu à la libération de nombreux djihadistes emprisonnés dans le Nord de la Syrie en territoires kurdes, acceptant nos alliés contre Daech sans la protection qui leur était due.

La question syrienne dépasse le cadre militaire et celui de la lutte contre le terrorisme, elle pose également la question des flux migratoires à l'heure où la Turquie use de l'épée de Damoclès «du million de réfugiés» qu'elle menace de laisser passer vers l'Union Européenne et plus spécifiquement vers la Grèce.

Le même schéma semble se dérouler en Libye, est devenu une véritable poudrière régionale.

Affirmant que son investissement en Libye repose sur la «défense des descendants anatoliens», la Turquie soutient le Gouvernement d'Alliance Nationale (GAN) et n'hésite pas à violer l'embargo de ventes d'armes en Libye, développant également des accords militaires avec l'Algérie voisine.

Le Ministre des Affaires Étrangères Jean-Yves Le Drian exprimait dernièrement sa crainte de voir une «syrianisation du conflit» en Libye après que le conflit ait pris une dimension plus violente. Si l’investissement militaire turc n’est pas nouveau, il a clairement gagné en intensité.

Quant à la menace d'une intervention égyptienne, elle n'augure rien de bon.

Il y a clairement une dimension sécuritaire mais aussi religieuse liée au soutien par la Turquie du mouvement des Frères Musulmans banni en Égypte (nous aborderons ce point plus tard).

Le Ministre des Affaires Étrangères Jean-Yves Le Drian exprimait dernièrement sa crainte de voir une «syrianisation du conflit» en Libye.

Jouant sur les faiblesses occidentales, le Président Erdogan prend sa revanche sur l’histoire en Libye… La Libye perdue durant la guerre italo-ottomane de 1911-1912.

Ce faisant, la Turquie a stoppé les ambitions pétrolières et gazières italiennes et françaises en imposant à Tripoli un accord l’autorisant à forer au large des côtes libyennes au grand-mère des gouvernements grecs et chypriote.

Le 22 juillet, un navire turc a conduit des explorations offshores, avec l’appui de navires militaires, dans la zone maritime de la Grèce, ajoute tensions et confusions.

Dans ce contexte déjà tendu sur ne peut pas passer sous silence les rapports entre la France et la Turquie qui sont exécutables. Un premier échange houleux avait déjà eu lieu sur la question de l’OTAN; alors que le Président Macron déclarait que l’Otan était en état de mort cérébrale, le Président Erdogan lui répliquait le visant directement il était (Emmanuel Macron) «en état de mort cérébrale». L’incident en date du 10 juin 2020 entre la frégate française Courbet et un navire turc au large des côtes libyennes n’a fait qu’aggraver les choses.

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Le Président Erdogan se voit en «chef de file» du monde arabo-musulman, estimant que tout projet international concernant la zone allant des Balkans à la Méditerranée en passant par le Moyen-Orient n'a aucune chance de prospérer si la Turquie en est excluez.

Il construit, ce faisant, un projet pan-ottoman parfaitement lisible, visant à redonner à la Turquie sa grandeur sur les plans économiques et militaires, sans oublier la diplomatie religieuse.

On connaît la puissance des organisations en charge de la diplomatie religieuse notamment Diyanet, la présidence des affaires religieuses, en charge de l'affectation des Imams dans le monde et en Europe en particulier, plus de 180 en France qui arrivent avec une qualification d ' assistants sociaux et parfois une connaissance de la langue du pays d'accueil plus que succincte. Ainsi les allemandes avaient-elles décidé en novembre 2019 de revoir les conditions d’octroi de visa, soumises à la condition d’une bonne pratique de l’allemand! Un préalable évident et pourtant.

Le poids de cette diplomatie religieuse se répercute aussi dans le domaine de l'éducation, les revendications pour des écoles turques est forte et se concrétise par l'envoi de professeurs de langue turque pour assurer les filières de l'enseignement de langue et culture d «origine (ELCO). Ce programme concerne 9 pays dont l’Espagne, le Portugal, la Croatie, La Serbie.

Il devrait être remplacé, après l'annonce le 18 février 2020 du Président Macron dans son discours sur le séparatisme, à la rentrée 2020, par les EILE (enseignements internationaux de langue étrangère) et devrait mettre un terme à la nomination et à la rémunération des enseignants par des états étrangers.

Cette question est au cœur de tous les débats sur la place de l’Islam en France que nous avons longuement travaillé avec mon collègue André Reichardt dans le rapport sénatorial remis en juillet 2016 et toujours d’actualité. La situation n’a pas évolué.

La Turquie fait partie des soutiens à l’Islam frèriste c’est-à-dire aux frères musulmans, interdits dans de nombreux pays, leurs adeptes véhiculant un islam séparatiste et particulièrement antisémite.

Si l’investissement militaire turc n’est pas nouveau, il a clairement gagné en intensité.

Un récent rapport du Sénat demande l'interdiction du territoire national de leurs leaders au premier rang desquels le Cheick Qaradawi, réfugié au Qatar (pays allié de la Turquie), et interdit de séjour aux États-Unis, en Grande-Bretagne, en Égypte , aux Émirats Arabes Unis, en Jordanie, la France lui ayant d'ailleurs refusé un visa en 2012.

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Au passage la transformation de Sainte-Sophie en mosquée constitue pour cette mouvance de l’Islam une victoire éclatante de l’Islam sur la Chrétienté et un pas supplémentaire vers un Califat mondial dont la Turquie serait le leader.

Et l’Europe dans tout ça? Pas beaucoup d’options

Accaparée par la lutte contre les conséquences économiques de la pandémie de coronavirus, la relance économique constitue une priorité absolue et on peut le comprendre.

Cependant, quelles sont les chances de relance économique en cas de risques sécuritaires avec un voisin aussi important que la Turquie?

L’hypothèse des sanctions commerciales n’est même pas évoquée, la Turquie n’est pas l’Iran et les entreprises européennes, notamment allemandes, seraient pénalisées.

Quant au dossier de l’adhésion de la Turquie à l’Union reporté sine die, il ne constitue pas un moyen de pression.

La question de la politique internationale turque est bien entendu par la souveraineté de ce grand pays, mais elle est révélatrice de notre incapacité, d'abord à anticiper les crises que, de fait, nous subissons, et par ailleurs une cécité qui nous prive d'une politique cohérente à long terme. Il faut donc rependre d’urgence le dialogue avec la Turquie, avant les élections américaines: dans le cadre des Nations Unies ou du Conseil de sécurité que préside la France, ou celui du G20 dont la Turquie est membre.

Peut-être reprendre un format comme celui qui avait permis des avancées dans le dossier du nucléaire iranien ou le format Normandie dans la crise ukrainienne.

La France et l’Europe ont toute leur place dans ce dossier délicat.

Il ne faut à aucun prix laisser la situation se dégrader encore. Il y va de la sécurité et de la stabilité d’un monde déjà très affaibli par la crise sanitaire, les errements de la politique américaine, l’absence de l’Europe et une communauté internationale frappée d’apathie.

Le ministère des Armées l’affirmait après l’incident du 10 juin: «on ne peut plus prétendre il n’y a pas de problème turc. Il faut le voir, le dire, le traiter ».

À voir également sur Le HuffPost: À Istanbul, la mosquée Sainte-Sophie accueille sa 1ère prière en 86 ans

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