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Stéphane Guérin: «Ce n'est pas que la faute du virus»

Posted in La voyance au téléphone

Que devenez-vous dans cette période de confinement? Vous êtes allé en Australie accompagner les débuts en F1 de votre poulain Nicholas Latifi, mais le sport a été rattrapé par la pandémie …

Oui, j'étais à Melbourne car je suis resté très proche de Nicholas mais notre collaboration s'est officiellement arrêtée en fin de saison dernière. Pour moi, le «job» était fait: il est arrivé en F1 et n'allait plus tellement avoir autant besoin de moi. Sur un ensemble construit et c'était le bon moment pour moi de passer à autre choisi.

J'ai des représailles à la base, avec des jeunes: le petit Victor Bernier (champion de France F4 Junior 2019. Ndlr) et aussi un Tchèque qui sera en Eurocup Formule Renault cette année (chez R-ace GP. Ndlr), Petr Ptacek . Et puis il y a bien sûr Louis Delétraz en F2. Mais évidemment, en ce moment, tout est à l'heure pour cause de pandémie.

Ce doit être particulier pour Latifi qui attendait de faire ses débuts en Grands Prix. Comment vit-il la situation actuelle?

Il la vit bien. Il est dans une spirale positive, avec sa famille à Toronto. Ça faisait très longtemps qu'il n'avait pas passé autant de temps auprès des autres. Alors, il fait très attention à respecter le confinement pour ne pas tomber malade, mais il est impatient, comme tout le monde. On attend tous que ça redémarre.

Comment analysez-vous la situation dans laquelle se trouve le sport automobile, de votre poste d'observation?

Je n'ai pas envie de tomber dans la tendance des «déprimologues». L'inconnu généré toujours du stress; je le comprends mais il ne faut pas tomber dans les excès. Je suis un peu plus optimiste quant à une reprise rapide au niveau national plutôt qu'international. Je ne vois pas pourquoi, d'ici quelque temps, sur ne pourrait pas organiser un rallye ou une compétition sur circuit. Peut-être à huis clos, mais c'est assez réaliste comme option.

D'ailleurs, j'ai été très heureux d'entendre qu'il est question d'une réouverture assez rapide des circuits, c'est une très bonne chose choisie pour les gestionnaires de pistes qui vont pouvoir se remettre au travail. Les mômes vont reprendre l'entraînement en karting, c'est important. Et puis, au niveau national, on peut dire qu'on est relativement «sain» financièrement par rapport à certaines disciplines internationales, comme la F1 par exemple. La F1, ce qui lui arrive actuellement, elle l'a un peu cherché aussi, il ne faut pas dire que ce n'est «que» la faute du coronavirus. Le modèle économique est complètement pourri, il n'y a pas d'autre mot. C'est un monde qui tourne à l'envers et qui s'attendait à un retour de bâton un jour ou l'autre.

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Vous pensez que les promoteurs des Grands Prix se sont rendus compte de ça et qu'ils ont cherché à modifier leur façon de faire?

(rires). Non, honnêtement je ne crois pas. Mais je ne mets pas tout le monde de la F1 dans le même sac, il y a des patrons d'équipe très réalistes, qui ont les pieds sur terre. Là où j'ai de gros doutes, c'est sur l'action – ou plutôt l'inaction – de Liberty Media depuis qu'ils sont arrivés les promoteurs. Là, on est vraiment dans le dur. J'ai un espoir, un souhait: c'est Jean Todt. Il va tirer sa révérence à la tête de la FIA dans quelques mois.

Quoi qu'on en dise, c'est un professionnel de la course, un grand dirigeant, et il a l'occasion rêvée, pour sa sortie, de siffler la fin de la partie, de remettre de l'ordre dans la F1. Qu'est-ce qu'il a à gagner ou à perdre maintenant? Il n'y a pas de coup politique à jouer, il faut taper du poing sur la table. Dire à certains, comme Red Bull ou Ferrari: «réveillez-vous, votre monde est mort». Il faut revenir à des coûts raisonnables, c'est l'heure de prendre des décisions drastiques qui doivent permettre au modèle de tenir, être viable pour des entreprises.

Pour que des équipes comme Williams, par exemple, continuent de vivre sans être totalement tributaires de mécènes. Aujourd'hui en F1, il y a au moins quatre équipes qui voient la question de rester ou qui ont déjà tiré un trait sur l'affaire. Si quatre équipes s'en vont, les autres peuvent rester à dépenser des millions, c'est un manque de clairvoyance complet.

L'argument avancé par Mattia Binotto (directeur de la gestion sportive de la Scuderia. Ndlr) est qu'ils vont devoir supprimer des emplois s'ils réduisent les coûts. Mais quoi qu'il arrive, ils vont devoir en supprimer! La F1 à 1500 employés pour faire marcher toute la technologie derrière, c'est fini. Plus personne n'aura les moyens de faire ça, sauf à faire un club de quatre pour jouer à ce jeu. Ça n'a plus de sens. Il y a une grande partie des emplois F1 qui sont déjà morts.

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Au-delà de la F1, les constructeurs réfléchissent déjà à la façon de mieux employer leurs ressources dans les budgets sportifs …

Bien entendu. Voyez la situation actuelle de Renault: l'action a dévissé, comme beaucoup d'autres entreprises. Voilà un grand groupe industriel avec une dimension sociale importante qui est est français. Comment justifier des dépenses de 200 millions pour figurer en F1, quand vous aurez à mettre en place des plans sociaux pour remettre le groupe en état de marche? Ça va être compliqué. À la tête de Renault Sport Racing, Cyril Abiteboul fait un boulot remarquable, c'est l'un des plus remontés sur le «cost cap» tout simplement parce qu'il sait que c'est vital pour la présence de Renault en F1.

Et il n'y a pas que chez Renault que tu ne peux plus avoir comme seule réponse à la pratique du sport automobile un modèle économique complètement bancal où, si tu n'as pas au moins 350 millions à dépenser, tu ne peux rien espérer , hormis un Top 5 par-ci, par-là! L'histoire de la F1, ce n'est pas qu'une affaire de constructeurs, les équipes privées doivent faire partie du championnat. À mon sens, le rôle d'un constructeur devrait être davantage à venir en soutien aux équipes privées plutôt qu'être officiellement engagé.

Je pense que ce sont des réflexions en cours chez Mercedes aujourd'hui. Beaucoup de choses doivent et vont changer. On entend parler en ce moment de la renégociation du contrat de Vettel. Mais des contrats à 30 millions l'année, c'est fini, ça. Ce n'est plus tenable. On ne va plus pouvoir justifier des montants pareils, alors que des usines ferment. La F1 doit se jouer sous 100 millions à l'année, salaires des pilotes et du management inclus.

Croyez-vous que les leçons seront vraiment tirées?

  Qu'est-ce qu'un clairvoyant?

C'est impossible qu'elles ne le sont pas. Il y a dix ans, sur un déjà affronté une crise financière internationale (consécutive à la crise des subprimes aux États-Unis. NDLR), et j'étais en première ligne car ça a mis fin à mon équipe SG Formula. Entre 2008 et 2010, quatre écuries ont quitté la F1, on n'en a pas tiré les leçons. Il ne faut pas faire deux fois la même erreur, et revenir aux bases. Les inévitables déterminés économiques vont faire que moins de gens iront pratiquer le sport automobile.

Il n'y aura plus la place pour tous les championnats que l'on voit aujourd'hui. Pour revenir au plan national, est-ce qu'il est vraiment très important qu'on ait un Grand Prix de France de F1 ou plutôt un championnat des circuits où les gens peuvent aller voir les voitures de près, admirateur des voitures diverses et variées , approcher les pilotes, etc? Traiter les spectateurs comme sur la traite sur un Grand Prix de F1, c'est une honte. Les billets valent une fortune, et leurs détenteurs ne peuvent même pas aller dans les paddocks F2 ou F3, voir les voitures et les futurs pilotes F1.

C'est impossible tout simplement parce que la FOM ne veut pas. Le cœur de chaque discipline doit valoriser ce qui marche et ce qui plaît au public. Quand il n'y aura plus de public pour venir voir la F1, les gens reviennent aux coupés de Pâques à Nogaro. Parce que c'est génial, il y a plein de catégories différentes et de l'animation en piste. La pyramide ne marche plus uniquement parce que le haut ne fonctionne plus, mais les bases sont solides.

Moi déjà, avant la crise, j'avais la volonté d'arrêter le plus haut niveau et de me tourner vers les jeunes. C'est à la base que ça repartira. Ce sera difficile économiquement, mais je suis convaincu qu'il faut repasser par là. ll y a des gens qui vont rester au bord de la route, mais ça va repartir, c'est certain.

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